Nicolas Vendasi

L'évaluation par feedback

De l'évaluation par compétences au travail sur l'erreur

1. Travail sur l'erreur ou comment je corrige mes copies

Avant de rentrer dans les détails de la pratique et la mise en oeuvre du feedback dans l'évaluation, je vais partager avec vous quelques outils mis en place dans mes classes pour familiariser et faire adopter aux élèves un autre regard face au statut de l'erreur.

Pour cela, il me parait indispensable de vous présenter ma manière de corriger une copie !

A vos marques ? Prêts ? Allez c'est parti !!!

Dans un premier temps, voici la liste des ingrédients magiques :

  • Un stylo de toutes les couleurs sauf rouge...(j'aime pas le rouge, le rouge c'est l'interdit, le rouge c'est la faute, l'infraction, le rouge c'est tout sauf l'erreur ! ^^)
  • Au moins, un paquet de copie 😀 à condition qu'il soit rempli d'erreurs.
  • du temps...
  • de la patience, persévérance et courage !

Puis vient le temps de passer à la correction, copie après copie, du fameux paquet ! Là j'ai un unique objectif : identifier les erreurs figurant sur la copie en les repérant par des balises : #.

Une balise d'erreur : ça ressemble à quoi ? 

Il s'agit tout simplement d'un code instauré entre le professeur et les élèves afin que ces derniers puissent identifier la nature de l'erreur figurant sur leur copie et la corriger.

Pour cela, le professeur, en collaboration avec les élèves réalise une liste de balises qui se complète au fur et à mesure de l'année. Chaque élève a connaissance de cette liste qui figure sur un espace numérique collaboratif, accessible à n'importe quel instant par tous.

Extrait d'une liste de balises construite avec des élèves de 2°
Balise Erreur associée Comment la corriger ?
#unit Je n'ai pas indiqué l'unité associée à la grandeur calculée ou mesurée. Je me pose la question : en quoi cette mesure ou ce calcul doit-il être exprimé ? Je détermine la grandeur associé pour en déduire ensuite l'unité. Parfois, il s'agit d'exprimer le résultat dans l'unité du système international.
#cs Je n'ai pas respecté le bon nombre de chiffres significatifs au résultat Règles à retenir : les 0 avant une virgule ou plusieurs 0 séparés d'une virgules ne comptent pas comme chiffres significatifs. Ex : 0,250 (3cs), 0,0020300 (5cs).
#AL Je n'ai pas indiqué l'application littérale dans mon calcul. Le correcteur ne sait donc pas ce que je calcule. Je fais figurer une formule, les symboles associés aux grandeurs calculées. Ex. calcul du poids P : P = m x g = 20,0 x 10,0 = 200 N
#AN Mon calcul présente une erreur numérique. Je n'ai peut être pas convertie les grandeurs dans les bonnes unités, ou j'ai fait un mauvais usage de la calculatrice. Je vérifie que toutes les grandeurs soient exprimés dans les unités du système international, je vérifie que j'ai respecté l'ordre des priorité dans les calculs d'opérations classiques (usage des parenthèses, puissance de 10...)
#result Je n'ai pas mis en valeur mon résultat. Je l'encadre, le souligne, le surligne...
Exemple de copie corrigée

Dès que je repère une erreur sur la copie, je l'identifie sans la corriger en indiquant la balise correspondante dans la marge.

2. L'évaluation par feedback

Il en va de soi que sans une analyse de ses erreurs, la correction que je pratique n'aurait aucun sens pour l'élève. J'ai donc alors, sous les conseils avisés de MC Coudert et O. Sauret, mis en place l'évaluation par feedback. Le but étant de laisser la possibilité aux élèves de faire des erreurs pour apprendre,  puis d'y remédier en retravaillant leur copie autant de fois que nécessaire.

Comment mettre en oeuvre l'évaluation par feedback ?

un exercice est proposé aux élèves qui rédigent alors une copie qui sera soumise à correction par l’enseignant. On demande seulement aux élèves de profiter de cette évaluation pour travailler spécialement une ou plusieurs compétences (briques) en s’aidant bien sur de la ville virtuelle (cf. évaluation grattes-ciel) sur laquelle ils sont en train de travailler.  Le feedback intervient au moment de la correction. Cette correction amène à deux réponses différentes selon que la/les compétence(s) aient été plus ou moins maitrisée(s) :

  • Si la compétence est (très) bien maitrisée alors je valide la brique associée à la compétence travaillée. Je considère alors que l’élève sait faire et qu’il peut alors soit travailler une autre compétence qui lui pose plus de difficulté ou alors continuer à travailler cette compétence dans une situation plus complexe ou différente.
  • Dans le cas où la compétence travaillée par l’élève n’est pas bien maitrisée, alors l’élève va devoir reprendre sa copie. Sur celle- ci, il y analysera ses erreurs (en se servant de la listes des balises (cf. ex. para. 1) et pourra alors se corriger. Il rendra alors de nouveau sa copie au correcteur qui pourra l’évaluer une deuxième fois et donc constater si l’/les erreur(s) a (ont) été comprise(s) par l’élève. L’élève va pouvoir rendre sa copie plusieurs fois avec à chaque fois un travail centré sur l’erreur.

L’évaluation devient alors un véritable outil formatif ! L’erreur est alors perçue par l’élève comme une véritable source d’apprentissage qu’on ne cherche plus à éviter mais qu’on utilise pour apprendre. On ne parlera plus de « copie » mais de première version. La correction devient alors un feedback qui peut être assuré par l’enseignant et/ou par les pairs (cf. système de tutorat, onglet coopération). Toute cette boucle de rétroaction a lieu avec une date limite et non plus en temps limité (On n'est plus dans le schéma : 1h d’évaluation et on passe à autre chose). L’élève a donc la possibilité de rendre N versions de son évaluation dans le but de progresser et de valider une/des brique(s) jusqu’à la fin du trimestre. Il peut donc reprendre son travail autant de fois qu’il le souhaite d’ici là. 🙂

Description

  • février 26, 2019